Biospéologie du système de la Nam Dôn

La faune souterraine de Tham Houay Saï et Tham Khoun Dôn

 

Une cavité de l’ampleur du système de la Nam Dôn offre une multitude d’opportunités pour le développement d’une faune souterraine abondante.

Insectes

Les criquets, uropyges et scutigères habituels ont été observés en différents endroits de la cavité. Les criquets sont les proies à la base de la chaîne alimentaire. Les uropyges (pseudo-scorpions) sont des prédateurs qui semblent se rassembler dans les galeries les plus chaudes, ascendantes et fermées, sans courant d‘air. Nous sommes de plus en plus persuadés qu’ils sont d’excellents indicateurs de culs de sacs. Lorsqu’ils se sentent menacés, ils projettent un brouillard d’un mélange composé essentiellement d’acide acétique (l’acide du vinaigre) et d’acide octanoïque (caprylique), à la fois odorant et agressif pour les muqueuses et les yeux. Malgré leur aspect peu engageant, ils sont inoffensifs, opinion qui n’est certainement pas partagées par les criquets qui leur servent de nourriture. Les scutigères sont des prédateurs particulièrement véloces, et impressionnants puisque leur taille peut atteindre une quinzaine de centimètres. Venimeux, leur morsure est probablement sans danger pour l’homme, mais nous n’avons pas jugé utile de faire le test.




La faune de Tham Houay Saï : criquets, uropyges et scutigère © H. Steiner-2006


Crustacés

Une crevette a été capturée dans un gour de la Rivière de Pierre. Des crabes dépigmentés ont aussi été observés, mais n’ont pas été capturés, faute de place !



Amphibiens

Quelques grenouilles ont été trouvées dans des laisses d’eau dans la Grande Boucle et la Branche Est, à proximité de la Salle du Lac. Leur présence aux mêmes endroits a été constatée de 2006 à 2013.

Poissons

De nombreux poissons-chats ont été observés dans les laisses d’eau qui ponctuent la grotte. Il semble s’agir d’espèces extérieures, piégées dans la cavité pendant la saison sèche. Chela laubuca a été capturé par J. Lordon dans T. Houay Saï en 1998. Troglocyclocheilus khammouanensis, un poisson cavernicole, dépourvu d’yeux, appelé “paa kham kong” par les villageois qui en attrapent parfois dans leurs filets pendant la saison des pluies, a été capturé en 1998 by Frank Brehier, un plongeur spéléo, et identifié ensuite par Maurice Kottelat (1999).

Reptiles

Une grosse vipère a élu domicile dans l’entrée de Tham Khoun Dôn. On ne la rencontre généralement qu’à la tombée de la nuit, lorsque les chauves-souris sortent de la cavité. Regardez où vous mettez les pieds ! Attention sa morsure est potentiellement mortelle !

Mammifères

Plusieurs colonies de chauves-souris ont été observées. Dans Tham Khoun Dôn, la colonie la plus importante (plusieurs miliiers d’individus) niche de manière permanente au Carrefour des Chauves-Souris. Une seconde colonie a été observée en 2011 et 2012 au départ de la Branche Est, mais était absente en février 2006 et 2013. Une troisième colonie a été repérée pour la première fois en février 2012 au pied du grand éboulis qui donne accès à la salle Khamsone lorsqu’on vient de Khoun Dôn. Ces deux dernières colonies semblent utiliser la Grande Faille au sud de la salle Khamsone comme itinéraire principal de sortie.



Vipère à l’entrée de Khoun Dôn © H. Steiner 2006


Des empreintes de sabots et des os de gros quadrupèdes, probablement des chèvres sauvages, se rencontrent en divers points du Labyrinthe. Au pied de l’Aven des Chèvres, des tas coniques de déjections montrent que la grotte est fréquemment utilisée comme abri, peut-être comme nurserie, par un important groupe d’animaux. Quelques empreintes sont relativement longues (jusqu’à 5-6 cm). Les ossements retrouvés dans la partie basse du Labyrinthe semblent être de petite taille, comme s’ils appartenaient à des juvéniles égarés. Les os les plus grands se trouvent dans les éboulis et les pentes autour de l’Aven des Chèvres.

Des empreintes plus petites, de rongeurs ou de petits carnivores peuvent être observées ça et là dans la cavité, en des endroits souvent très éloignés des accès connus.

Plus inhabituelle a été la découverte d’un crâne d’ours malais (Helarctos malayanus) dans la Salle du Tigre, avec une empreinte de patte conservée sur un sol argileux recouvert de calcite, quelques dizaines de mètres plus loin, malheureusement détruite depuis, malgré la rubalise mise en place par un visiteur négligent.


 

Crâne d’ours © H. Steiner 2006

Les habitantes du Carrefour des Chauves-Souris © H. Steiner 2006